La Cité mystique de Dieu

Marie d’Agréda

Cet ouvrage de Marie de Jésus ou d’Agréda, du nom de la ville où se trouvait son monastère en Espagne, vécut de 1602 à 1665, est cité dans une lettre Jean-Baptiste Willermoz à Charles de Hesse du 10 décembre 1782 (Archives de l’Ordre des Francs-maçons Danois à Copenhague, F II 10 f 28 ; nous remercions M. Reinhard Markner d’avoir aimablement communiqué une copie de cette lettre).

Voici ce qu’écrit Willermoz :

« Il y a au moins dix ans que l’on m’avait parlé d’un ouvrage considérable et fameux consistant en trois grands volumes in quarto, intitulé La Cité mystique de Dieu contenant l’histoire secrète et très détaillée de la vie de la Sainte Vierge Marie, mère de Dieu, et de Notre Divin Sauveur Jésus-Christ, par la Vénérable Mère Marie de Jésus, religieuse et abbesse du monastère de l’Immaculée Conception de la ville d’Agréda en Espagne, écrite par révélation divine, il y a environ 150 ans. Cet ouvrage qui est très fameux à cause de la grande sainteté du personnage qui l’a écrit et qui fit grand bruit dans son temps dans toute l’Espagne sous le roi Philippe IV qui fit plusieurs voyages auprès de cette religieuse pour la consulter dans des affaires délicates, n’est presque lu de personne à cause de la mysticité qui ne fait pas fortune dans ce siècle. Cependant il a été et est encore très recherché pour figurer dans toutes les grandes bibliothèques, ce qui l’a rendu extrêmement rare. Il est en français traduit de l’espagnol par le Père Thomas Croset, récollet, et imprimé à Bruxelles chez François Foppens au Saint-Esprit en 1717. Quel qu’empressé que je fus de lire cet ouvrage, trois gros volumes in quarto étaient effrayants pour moi qui avais si peu de loisir. A mon retour, j’ai entrepris cette lecture et je ne saurais dire combien elle m’a fait plaisir. Je ne garantirais pas que les moines et l’inquisition d’Espagne qui durent examiner en son temps cet ouvrage singulier par ordre du roi, n’y aient pas altéré quelques passages, mais du moins ils n’ont pas osé l’altérer à un certain point, et on y trouve un ensemble de circonstances secrètes, inconnues jusqu’alors et qu’on ne trouve nulle part ailleurs, tant sur l’origine et la création de l’univers, des anges et des hommes, et l’espèce particulière de la prévarication des anges devenus démons que sur les mystères de l’incarnation, de la rédemption et de la vie secrète, mort, passion et résurrection de Notre Divin Maître et Seigneur Jésus-Christ. Cette religieuse a eu pendant environ 30 ans des visions presque journalières des anges de Jésus-Christ même et surtout de la Sainte Vierge, et c’est, dit-elle, par leur ordre exprès, et pour ainsi dire sous leur dictée qu’elle a écrit cette vie. Je souhaiterais beaucoup que Votre Altesse put s’en procurer la lecture. Je crois que j’aurais moyen de le lui faire trouver à Paris si elle ne peut pas se le procurer à moindre frais plus près d’elle. Elle le trouvera, je pense, digne de son attention, si elle a le courage et la patience de le lire en entier, si surtout elle se défend de toute prévention ; elle y trouvera une explication satisfaisante de quelques chapitres de l’Apocalypse, des Proverbes, de la Sagesse, du Cantique des Cantiques etc. ; elle y apprendra à juger l’opinion qui lui a été donnée dans une doctrine particulière sur la formation du corps de Jésus-Christ, point essentiel sur lequel il est important aux hommes de ne se point tromper. »

Cet ouvrage est-il une source des rituels rectifiés ?